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Petit exercice préliminaire.
Pensez à une fois dans votre vie où vous avez eu mal.
Mal de chez mal, et je parle douleur physique (un accouchement sans péridurale, un bras cassé, etc...).
Voilà, vous y êtes, vous vous souvenez très bien de ce moment... vous avez eu si mal...
Vous vous en souvenez, certes. Mais la douleur physique, elle, a disparu.
Physiquement, vous n'avez plus mal, et même en y repensant de toutes vos forces, vous ne pouvez pas (heureusement) faire renaitre la douleur physique.
Ma démonstration ici, c'est de dire qu'il y a des choses qui ne peuvent que se vivre. Se vivre. En direct live.
Car si le moment est passé, vous aurez beau y repenser, elles ne peuvent plus se revivre.
Et si l'amour était comme ça? Et si l'amour ne pouvait que se vivre, en direct live?
Je n'en sais rien, mais j'ai l'impression que c'est le cas....
Et si c'est le cas, et bien on perdrait moins de temps à s'arracher les cheveux dessus en y pensant tout le temps, puisqu'il ne peut que se vivre, et non pas se penser ;)
Le titre est assez glauque, je vous l'accorde.... mais lundi j'étais à l'enterrement de ma grand mère, et j'ai quand même quelque chose à dire dessus....
Jusque là dans ma vie, j'avais été assez épargnée de la Douleur avec un grand D, (celle qui fait tourner la tête et ouvrir le vide à l'intérieur)..... assez épargnée, ou assez forte pour la supporter et la "gérer" plutôt bien.
Assez forte, pour avoir encore de la place pour "prendre la douleur des autres", l'accepter, la partager, pour les en soulager du mieux possible.
A d'autres enterrements, ou d'autres occasions difficiles, j'avais souvent "ouvert mon coeur" presque littéralement on va dire, pour absorber le "surplus" de douleur intolérable pour les gens plus touchés que moi.....
Cette fois ci, c'était le contraire. C'est moi qui ait donné mon surplus de douleur..... Et j'étais bien contente qu'il y ait des gens, là, venus "partager / prendre notre douleur".... Pour ma petite tête qui partait en vrille à un moment précis, c'était salutaire de réaliser que je n'étais pas seule, et que oui, je n'avait qu'à leur "donner de ma douleur", comme moi dans le passé j'avais souvent "pris la leur"....
Ils ne liront sans doute jamais mon blog, mais je les remercie d'être venus, parce que j'ai compris l'importance d'avoir des gens autour de nous, moins touchés que nous, capables et volontaires pour cette tâche difficile mais vitale qu'est "prendre la douleur".
La douleur est silence.
La douleur muette de celui qui ne peut plus parler
La douleur muette de celui qui ne peut plus écrire
La douleur muette de celui qui ne peut qu'observer en silence
Observer la vie qui continue sans lui
Observer le rire et les larmes sans réagir
Observer la vie qui défile sans rien pouvoir dire
Sans rien dire parce qu'il n'en a plus le droit
Sans rien dire car ça ne changerait rien
Sans rien dire car sa douleur est trop forte
Sa douleur est trop forte car elle est inattendue
Sa douleur est trop forte car elle est injustifiée
Sa douleur est trop forte parce qu'elle doit rester silencieuse
La douleur est silence.
Maintenant il est seul, même entouré
Maintenant il seul avec ses rêves et ses peurs
Maintenant il est seul avec ses promesses
Ses promesses de vie rêvée
Ses promesses de vie volée
Ses promesses qui ne tiennent pas route
Sortie de la route, c'est là qui l'avait rencontrée
Sortie de route, perdue et désorientée,
Sortie de route, enfermée dans sa douleur muette
Enfermée jusqu'à ce qu'il ouvre la cage, comme Prévert
Enfermée jusqu'à ce que la douleur sorte, comme l'oiseau
Enfermée jusqu'à ce qu'il ose enfin la libérer
Mais maintenant il est seul. Et muet.
La douleur est silence.